Sienne, l’aigle et la tortue

Sienne n’est pas une ville-musée. Elle n’est pas seulement ce qu’elle parait : une merveille d’ocre, de pierre et de terre jonchée sur plusieurs collines, rompue par endroit par quelque église blanche, immaculée, dont le dôme caresse le ciel. Un spectacle permanent. Sienne est tout cela : un ensemble de beauté et de chaleur, mais Sienne est vivante. En cela, elle n’est pas une ville-musée. Son coeur bat toujours ; deux fois par an plus fort que le reste de l’année, au moment du palio.

Sienne vue de la Torre del Mangia ©Pastabobun
Sienne vue de la Torre del Mangia ©Pastabobun
Il duomo di Siena ©Pastabobun

Depuis la fondation de la Commune de Sienne au XIIe siècle, l’unité de la Cité se fait à travers les contrade, quartiers dont l’appartenance constitue une véritable identité culturelle. Chacune d’elles  —  il y en a aujourd’hui dix-sept — a sa devise, ses chants, ses symboles, ses traditions. Et tous les habitants de la ville portent fièrement en eux cette identité particulière : on est d’abord attaché à sa contrada avant de l’être à Sienne.
Deux fois par an, en juillet et en août, les contrade s’affrontent lors du palio, une course de chevaux ancestrale qui se tient sur la Piazza del Campo. La première course se tient le 2 juillet — jour de fête en l’honneur de la Madonna di Provenzano — et la seconde le 16 août, au lendemain de l’Assomption.

La Piazza del Campo, vue de la Torre del Mangia ©Pastabobun
La Piazza del Campo, vue de la Torre del Mangia ©Pastabobun

La règle veut que seuls dix chevaux participent à la course. Cela signifie que seules dix contrade sur dix-sept peuvent être représentées à chaque course. À ces occasions, toutes les rues des contrade participantes revêtent leurs symboles historiques. Ainsi, piazze, vie et strade senese se retrouvent pavoisées de drapeaux ; fontaines, lampadaires et bâtisses revendiquent comme les hommes leur appartenance à une contrada. Même les villages situés aux alentours de la ville se prêtent au jeu : Sovicille — où nous résidions — la Tartaruga (tortue) rivalisait avec l’Oca (oie). Les jours qui précèdent la course sont l’occasion pour les Siennois de célébrer les liens qui les unissent à leur contrada : de nombreux banquets sont organisés dans les rues aux airs de répétition générale pour le soir de la victoire et on y chante en choeur, comme on ferait un voeu, les mêmes chants depuis des siècles.

Quartier de l'Onda ©Pastabobun
Quartier de l’Onda ©Pastabobun
Quartier de l'Onda ©Pastabobun
Quartier de l’Onda ©Pastabobun
Entrée du quartier de l'Aquila ©Pastabobun
Entrée du quartier de l’Aquila, qui ne concourrait pourtant pas cette année ©Pastabobun

Puis vient le palio. La veille, en raison de la pluie, le dernier entraînement général avait été annulé et, le matin même, le ciel s’est montré versatile. Nous étions partis tôt de Sovicille afin d’espérer trouver une place pour garer la voiture (ce qui à Sienne n’est pas une mince affaire). Une fois arrivés, nous nous sommes rendus sur la Piazza del Campo, coeur battant de la ville où convergeaient tous les espoirs des Siennois. Ci sarà il Palio o no ? Les inquiétudes apparaissaient au grand jour à mesure que les nuages recouvraient la ville. Chaque habitué y allait de son pronostic : Se non piove di nuovo fino a 13h, il Palio si terrà ! (s’il ne pleut plus jusqu’à 13h, le Palio aura lieu). Il était 10h. Voyant que le centre de la Piazza del Campo, d’où il est possible d’assister gratuitement à la course, n’était pas encore inondé de monde — seulement d’inquiétudes — nous partîmes nous promener dans les rues sinueuses et vallonnées de Sienne.

À 13h, après avoir joué aux pèlerins sous un ciel branlant, nous étions de retour et en poste. Il restait quatre heures à attendre avant que le cortège traditionnel qui précède la course n’arrivât sur la place. Les nuages avaient disparu et, peu à peu, le soleil avait retrouvé toute son ardeur. La Torre del Mangia dominait l’espace et à ses pieds tout le monde attendait humblement. Cet édifice haut de 102 mètres a été construit il y a près de sept siècles pour atteindre la même taille que le Duomo. Le Temporel et le Spirituel, à égalité. Le 14 août, lors de notre première visite de Sienne, Alix et moi avions grimpé jusqu’au sommet de la Torre del Mangia. Il fallut, pour cela, gravir les quatre cents marches d’un escalier particulièrement exigu. Un effort, certes. Un effort d’autant plus dur lorsqu’il est réalisé en plein été… Mais un effort qui vaut le coup ! Au sommet de la tour, c’est toute Sienne qui vous ouvre ses bras. Tandis que nous attendions de savoir si le palio allait avoir lieu ou non, c’est à la beauté de cette ville que nous repensions.

L'Hôtel de Ville dominé par la Torre del Mangia ©Pastabobun
Le Palazzo Pubblico dominé par la Torre del Mangia ©Pastabobun

Je soutenais l’Aigle, et Alix la Tortue. Sans doute fut-elle plus inspirée que moi puisque l’Aigle ne concourrait pas cette année…

À 14h, alors que les coeurs s’étaient enfin réchauffés et que la Piazza del Campo commençait à se remplir, un drapeau vert fut accroché à une des fenêtres de l’Hôtel de Ville. Le palio était reporté au lendemain. Mais le lendemain, nous devions partir pour une nouvelle étape…

Pour nous : partie remise. Nous quittions Sienne avec respect et affection, ainsi qu’on quitterait une vieille amie.

La Tortue et l'Aigle ©Pastabobun
La Tortue et l’Aigle ©Pastabobun
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