Roma : la grande bellezza

À Rome j’ai séjourné du 12 au 15 novembre. Ce voyage avait été organisé par l’association Erasmus Student Network (ESN) dans le but de rassembler dans la capitale italienne tous les étudiants Erasmus du pays. Et tout concourrait à rendre cette excursion exceptionnelle : plusieurs centaines d’étudiants rassemblés, l’assurance de bien boire et de bien manger et de plonger, en visitant la Ville, dans l’histoire même de notre civilisation. Par ailleurs, l’été indien (l’Estate di San Martino) qui nous avait accueilli chaleureusement donnait à ce séjour romain des airs de Springbreak, la vulgarité en moins. Car c’est un mot dont Rome ne s’accommode pas. Ah ! je ne parle pas des Hommes, mais de cette ville qui est éternelle parce qu’elle proclame au monde : voyez ce que l’humanité peut faire de grand.

Le premier jour, après neuf heures de bus, nous arrivions enfin à Rome et commencions la visite de quelques lieux emblématiques. D’abord, la Fontaine de Trevi. Ce chef-d’œuvre baroque du XVIIIe siècle commandé à Niccolò Salvi par le pape Clément XII est si imposant qu’il embrasse de toute sa beauté la petite place qui l’abrite.

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Fontaine de Trevi ©Cityzeum.

On imagine encore Anita Ekberg s’y baigner en robe du soir sous le regard inondé de désir de Mastroianni, dans une fresque que seul Fellini savait peindre. La légende veut que la fontaine ait été désignée ainsi en référence à une jeune fille nommée Trevi qui sauva sa virginité en indiquant l’emplacement de la source. Une autre légende, ou plutôt superstition, veut que celui qui jette une pièce dans la fontaine en lui tournant le dos est assuré de revenir à Rome. Ce dont Rome n’a pas besoin pour nous ramener à elle. Comme de nombreux touristes, je me suis tout de même soumis à cette coutume qui s’est répandue à toutes les fontaines du monde. Près d’un million d’euros sont ainsi jetés dans la Fontaine de Trevi chaque année. Rassurez-vous, ce n’est justement pas de l’argent jeté puisque celui-ci est ramassé chaque jour par la municipalité puis reversé, à la fin de l’année, à des associations caritatives. Neptune tiré hors de l’eau par son char marin ne fait pas seulement le triomphe de la beauté…

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Fontaine de Trevi ©Pastabobun.

Nous avons ensuite visité le Panthéon puis la Piazza Navona. Le premier est extraordinaire en cela qu’il est le seul monument de l’Antiquité à nous être parvenu intact. Il faut croire, par ailleurs, que l’édifice ne montre aucun signe de faiblesse : on peut dire de lui qu’il ne fait pas son âge. Et quel âge ! 2000 ans ! Comme un autre Corse, j’eus pu dire devant lui : vingt siècles d’Histoire nous contemplent.

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Panthéon de Rome ©Pastabobun.

Construit sur ordre d’Agrippa au Ier siècle, endommagé par des incendies, et reconstruit par l’empereur Hadrien au début du IIe siècle, ce majestueux édifice religieux — jadis païen puis chrétien à partir du VIIe siècle — supporte ce qui reste aujourd’hui encore la coupole la plus grande du monde en béton non-armé. Celle-ci est trouée au sommet par un oculus qui est la seule source de lumière du temple. Nous devons cela à Hadrien, ainsi que l’aspect circulaire de la cella qui rompt avec la tradition rectiligne de l’intérieur des édifices religieux romains.

« Ce temple ouvert et secret était conçu comme un cadran solaire. Les heures tournaient en rond sur ces caissons soigneusement polis par les artisans grecs ; le disque du jour y resterait suspendu comme un bouclier d’or ; la pluie formerait sur le pavement une flaque pure ; la prière s’échapperait comme une fumée vers ce vide où nous mettons les dieux. » Marguerite Yourcenar, Mémoires d’Hadrien.

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Intérieur du Panthéon — oculus ©walkofsitaly.

Après le Panthéon, la Piazza Navona, qui rappelle que Rome fut garante de la beauté du monde. La Fontaine des Quatre-Fleuves, bâtie par Le Bernin au XVIIe siècle à la demande du pape Innocent X, ne symbolise-t-elle la présence au cœur de Rome des quatre parties du monde (Danube pour l’Europe, Nil pour l’Afrique, Gange pour l’Asie, Rio de la Plata pour l’Amérique) ?

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Fontaine des Quatre-Fleuves, Le Bernin ©wikipédia.

Juste en face de ce chef-d’oeuvre, un autre édifice qui fait, avec d’autres, la beauté de l’ensemble architectural baroque de la Piazza Navona : l’église Sainte-Agnès en Agone dont la construction est achevée en 1657 par Francesco Borromini, le rival du Bernin.

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Église Sainte-Agnès en Agone, Francesco Borromini ©Pastabobun.

Cette place mériterait à elle seule tout un article mais plutôt que d’évoquer les autres bijoux qu’elle contient tel un écrin, je ne dirai à son sujet plus qu’une chose qui a suscité l’intérêt de l’historien de formation que je suis : la Piazza Navona a été construite sur les ruines du stade de Domitien, bâti au Ier siècle mais qui n’était plus que ruines dès le Ve. Mais la place en a conservé la forme et cette trace antique se retrouve jusque dans son nom : in agones signifiait en latin « où se déroulent les jeux », et le terme a ensuite été déformé par le temps : nagone, puis navone, et enfin navona. À Rome les passés se mêlent pour offrir partout un spectacle d’éternité.

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Piazza Navona ©Pastabobun

Le deuxième jour, nous visitions le Colisée et les Fori Imperialii.

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Amphithéâtre Flavien ou Colisée ©Pastabobun.
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Fori Imperialii ©Pastabobun.

Le deuxième jour, c’est aussi le 13 novembre. Outre la grandeur presque tragique du Colisée, ce qui m’a frappé c’est cette croix dressée au centre de l’arène en hommage aux premiers martyrs chrétiens, c’est ce témoignage d’une espérance jamais étouffée par le rugissement des lions.

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Au coeur du Colisée ©Pastabobun.

Le soir même, en sortant du restaurant, nous apprenions qu’à Paris tant d’innocents avaient péri. Stupéfaction. Horreur. Les quelques étudiants français qui participaient à la soirée se retrouvèrent douloureusement projetés hors du monde. Frappés par la nouvelle de ces crimes comme un arbre par la foudre, rares furent ceux d’entre nous à vouloir poursuivre l’amusement… Ah ! que tout semblait éphémère et frivole devant cette tragédie !

Pourtant, le soleil se leva à nouveau. Et le destin voulut que le troisième jour nous visitâmes le Vatican. Que de merveilles dans ses musées ! Que de sérénité aussi ! Dans la Galleria delle Carte geografiche, longue de 120 mètres, qui relie le Palais du Belvédère au Palais apostolique, nous avancions en paix, embrassés par quarante cartes de la péninsule italienne  et dominés par les fresques des miracles survenus en Italie. Au bout, la Chapelle Sixtine. Hélas il n’était pas permis de prendre des photos, mais je garderai toujours un souvenir impérissable du chef-d’oeuvre de Michel-Ange, de cette main tendue de Dieu pour transmettre l’étincelle de vie à Adam (La Création d’Adam).

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Galleria delle Carte geografiche, Vatican ©Pastabobun.

À la sortie des musées du Vatican, nous nous sommes longuement reposés sur la place Saint-Pierre. Le monde se mouvait autour de nous comme dans un ballet silencieux. Et alors que le soleil se couchait derrière la Basilique, je repensais à ces derniers mots écrits par Bernanos dans Le journal d’un curé de campagne :

Tout est grâce.

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Chateau Saint-Ange ©Pastabobun.
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Pont Saint-Ange ©Pastabobun.
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Basilique Saint-Pierre, Vatican ©Marie Gadenne.

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