C’était Beyrouth

« C’était Beyrouth ».

Qui n’a jamais entendu cette expression si couramment employée pour illustrer un état des plus désordonnés ? Au même titre que Kaboul, Bagdad ou le fameux quartier du Bronx, Beyrouth s’associe à ces lieux qui, de façon plus ou moins nuancée, caractérisent dans nos esprits rapides le chaos.

Certes, on pourrait s’arrêter ici, s’en tenir aux préjugés, s’en tenir là, de ce côté de la rive, sans jamais essayer de traverser le fleuve d’inepties qui nous sépare de la réalité. Mais vous conviendrez que cette attitude ne sied guère au voyageur.

J’ai visité Beyrouth, à deux reprises. Et il m’est agréable, en rédigeant cet article, de tenter de corriger un malentendu fondamental à son sujet. Je le fais d’autant plus sincèrement que je suis moi-même arrivé au Liban pour la première fois avec certains de ces préjugés.

Ma première expérience libanaise eut lieu en février 2015, à l’occasion de l’anniversaire d’un ami cher auquel je m’étais engagé à aller. Je ne savais alors pas vraiment où je mettais les pieds.

Certes, je savais qu’on y mangeait bien. Je connaissais aussi la grande hospitalité des Libanais. Et tout cela se vérifia assez vite une fois sur place, au-delà même de mes espérances. À l’exception du foul, qui est un plat chaud à base de fèves longuement mijotées, très calorique, j’ai apprécié tous les cadeaux de la cuisine libanaise : taboulé, kebbé, houmous, manakish, et j’en passe ! Une cuisine ensoleillée, riche et généreuse.

Ce premier voyage me permit aussi de m’affranchir d’un des préjugés les plus tenaces sur la capitale libanaise : on ne s’y sent pas en insécurité. On peut se balader dans les rues d’Achrafieh la nuit, aller d’un bar à un autre tant il y en a dans ce quartier sans se sentir à quelque moment en danger. Surtout, on peut profiter d’une vie nocturne attrayante et dynamique tant dans ce quartier que dans celui de Hamra, à majorité sunnite, que j’ai pu visiter en avril dernier à l’occasion de mon deuxième voyage au Liban.

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Rue Huvelin, Achrafieh ©Pastabobun
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Rue Huvelin ©Pastabobun
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Et la nuit… ©Pastabobun

Si les quartiers sont organisés selon les confessions religieuses, il se passe en centre-ville quelque chose qui me semble unique au monde, qui témoigne de la beauté fragile de la vie beyrouthine. Pour capter cet instant, il s’agit d’être particulièrement attentif, de faire abstraction du brouhaha urbain. Il faut tendre l’oreille pour entendre cette symbiose impromptue entre l’appel du muezzin et celui des cloches. On apprécie d’autant plus cette beauté précaire lorsqu’on connait l’histoire récente du Liban et les cicatrices qu’elle a laissées auprès de ses citoyens. Lorsque je pense au pays du Cèdre, me vient en tête l’image du funambule qui se déplace sur un fil, maintenant miraculeusement l’équilibre et prenant goût à le faire. Je pense aussi à cette jeunesse qui aspire à reprendre la main sur l’avenir du pays, en s’affranchissant des anciennes barrières confessionnelles et des cicatrices des années passées.

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Mosquée al-Amine dite mosquée « Hariri » car  elle abrite le tombeau de l’ancien Premier ministre libanais assassiné en 2005 ©Pastabobun
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Intérieur de la mosquée ©Pastabobun
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Miniature vue dans la cathédrale grecque orthodoxe Saint-Georges ©Pastabobun

Beyrouth est faite de ces images, de cet équilibre ténu sur l’horizon duquel se tient, chancelante, toute sa beauté. C’est une ville de contrastes. Contraste entre le luxe glacial de la place de l’Étoile et la chaleur des quartiers pourtant marqués par la guerre, d’où poussent sans arrêt de nouveaux immeubles.

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Place de l’Étoile ©Pastabobun

En dépit du désordre ambiant, des problèmes de circulation, de l’absence de règle en matière d’urbanisme, il se dégage de Beyrouth un je-ne-sais-quoi harmonieux qui surprend, enivre et vous donne espoir ; espoir pour le Liban, et espoir d’y retourner un jour.

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